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L’Oulipo : l’ouvroir de littérature potentielle

« L’Oulipo est un roman : c’est un roman non écrit de Queneau », écrivait Jacques Roubaud, membre de l’Ouvroir de littérature potentielle, dès sa création en 1960 par l’écrivain Raymond Queneau et le mathématicien Jean-François Le Lionnais. Roubaud poursuit : 

C’est un roman selon le pôle quenellien de l’oulipo, à contraintes invisibles. Il réalise, sous une forme originale, l’union wittgensteinienne des jeux de langage et des formes de vie. Je suis, ainsi, un personnage d’un roman de Queneau.

Jacques Roubaud, « L’auteur oulipien »

À l’orée des années 1960, le mouvement imaginé par Queneau comme un véritable terrain de jeu de mots se situe à rebours du surréalisme qui, lui, mobilise l’inconscient. Or, pour les oulipiens, la création littéraire, pensée comme une suite logique mathématique, se voit soumise à différentes contraintes et en vient même à échapper à son auteur. 

Qu’est-ce que l’Oulipo ?

L’ouvroir de littérature potentielle

Nous sommes en 1960. La pensée surréaliste et la philosophie sartrienne ont fait leur temps aux yeux de certains jeunes auteurs. À rebours de l’écriture automatique, trop aléatoire, un groupe de jeunes auteurs se réclame d’un héritage plus lointain : celui des troubadours, de Villon et de Rabelais

Tout commence avec l’inventeur du « néo-français », l’écrivain Raymond Queneau, auteur du très célèbre roman Zazie dans le métro, paru en 1959.  L’histoire littéraire comporte alors déjà son lot de calembours poétiques (on pense aux groupes de la fin du XIXe – Les Zutiques, les Fumistes, les Hirsutes…). Avec Queneau, le roman devient lui aussi l’objet d’un jeu littéraire : 

Ce n’est pas un mouvement littéraire
Ce n’est pas un séminaire scientifique
Ce n’est pas de la littérature aléatoire
Ses recherches sont naïves, artisanales et amusantes.

Définition de l’Oulipo donnée par ses membres

À l’automne 1960 (la première réunion à lieu le 24 novembre), un petit groupe d’amoureux des lettres se rassemble, d’abord sous un premier nom : le Séminaire de littérature expérimentale (Sélitex), avant d’adopter définitivement le nom Oulipo, qui signifie Ouvroir de littérature potentielle

Sur le site du groupe – qui continue encore d’exister aujourd’hui, notamment grâce aux deux écrivains oulipiens qui ont participé à sa création et encore vivants Marcel Bénabou et Jacques Roubaud – on lit cette définition : 

OULIPO ? Qu’est ceci ? Qu’est cela ? Qu’est-ce que OU ? Qu’est-ce que LI ? Qu’est-ce que PO ? OU c’est OUVROIR, un atelier. Pour fabriquer quoi ? De la LI. LI c’est la littérature, ce qu’on lit et ce qu’on rature. Quelle sorte de LI ? La LIPO. PO signifie potentiel. De la littérature en quantité illimitée, potentiellement productible jusqu’à la fin des temps, en quantités énormes, infinies pour toutes fins pratiques.

Marcel Bénabou et Jacques Roubaud, Oulipo.net

Raymond Queneau est décrit comme le père fondateur et le « responsable de cette entreprise insensée », aux côtés de François Le Lionnais, « son Fraisident-Pondateur », mathématicien et écrivain. La place des mathématiques se révèle dès le départ essentielle. 

L’ouvroir, sorte de cabinet d’expérimentations littéraires, est né des réflexions de François Le Lionnais et de Raymond Queneau sur la création littéraire et la possibilité de l’astreindre à des contraintes formelles. Il est donc forgé autour d’une multiplicité de références en tout genre (jeu d’échec, jeu de go, théorèmes mathématiques, etc.).

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Cette conception de la création littéraire, à la fois besogneuse et ludique, s’inspire aussi directement du Collège de Pataphysique, une « société de recherches savantes et inutiles », fondée sur le principe de la parodie des cérémonies officielles et administrée par Alfred Jarry. Il s’agit très exactement de la science des « solutions imaginaires »…

L’idée du groupe est donc de mettre en forme des nouvelles structures à disposition des écrivains, dont l’inspiration se nourrit de contraintes et foisonne devant l’obstacle formel, très loin de la conception romantique de l’inspiration, incarnée par la Muse et qui semble venir à l’auteur sans effort. 

Queneau et Le Lionnais fixent ainsi pour but l’exploration méthodique et jubilatoire des potentialités de la langue par le biais d’un grand nombre de jeux syntaxiques, de déformations verbales, et de principes mathématiques. Les oulipiens usent ainsi de nombreuses figures de style.

Jean-François Le Lionnais, mathématicien amoureux de littérature, grand amateur d’échecs et auteur du livre Les Nombres remarquables (1999) qui l’a rendu célèbre, invente des structures comme l’antérime, qui consiste à placer la rime au début du vers : 

Tandis qu’issu du monstre un parfum d’océan
Tend, discret, à masquer leur fumet malséant 

Albert-Marie Schmidt, dizain saphique à rimes initiales et terminales en l’honneur de François Le Lionnais

Jean-François Le Lionnais est à l’origine des deux Manifestes de l’Oulipo. Dans le premier, paru en décembre 1971 dans le n° 17 des dossiers du Collège de Pataphysique, Le Lionnais affirme : 

Ouvrons un dictionnaire aux mots « Littérature Potentielle.» Nous n’y trouverons rien. Fâcheuse lacune. […]

L’humanité doit-elle se reposer et se contenter, sur des pensers nouveaux de faire des vers antiques ? Nous ne le croyons pas. Ce que certains écrivains ont introduit dans leur manière, avec talent (voire avec génie), mais les uns occasionnellement (forgeage de mots nouveaux), d’autres avec prédilection (contrerimes), d’autres avec insistance mais dans une seule direction (lettrisme), l’Oulipo entend le faire systématiquement et scientifiquement. […]

Un mot, enfin, à l’intention des personnes particulièrement graves qui condamnent sans examen et sans appel toute œuvre où se manifeste quelque propension à la plaisanterie. Lorsqu’ils sont le fait de poètes, divertissements, farces et supercheries appartiennent encore à la poésie. La littérature potentielle reste donc la chose la plus sérieuse du monde. C.Q.F.D.

Jean-François Le Lionnais, Manifeste de l’Oulipo

Principes de l’Oulipo

Les principes de l’Oulipo sont les suivants : 

  • Le principe de composition sous contrainte à partir de formes classiques. 
  • Explorer les potentialités littéraires (de la narration, en particulier). 
  • Le principe de composition mathématique, c’est-à-dire basé sur une rigueur numérique. 
  • Une redéfinition de l’écriture et de l’objet littéraire comme autonome. 

L’oulipien Jacques Roubaud est à l’origine de deux principes oulipiens qui portent son nom :

  • Un texte écrit suivant une contrainte parle de cette contrainte. 
  • Un texte écrit suivant une contrainte mathématisable contient les conséquences de la contrainte mathématique qu’elle illustre

Les membres de l’Oulipo

Et un AUTEUR oulipien, c’est quoi ? C’est “un rat qui construit lui-même le labyrinthe dont il se propose de sortir”. Un labyrinthe de quoi ? De mots, de sons, de phrases, de paragraphes, de chapitres, de livres, de bibliothèques, de prose, de poésie, et tout ça…

Marcel Bénabou et Jacques Roubaud
Membres de l'Oulipo, le 23 septembre 1975
Membres de l’Oulipo, le 23 septembre 1975, dans le jardin de François Le Lionnais, à Boulogne Billancourt. Assis, au centre : François Le Lionnais et Raymond Queneau. — Bibliothèque Nationale de France, Fond Oulipo

Parmi les membres les plus célèbres de l’Oulipo, on compte : 

  • Raymond Queneau (1903-1976), lié au surréalisme de 1924 à 1929, qu’il a ensuite quitté pour devenir un « maître de l’humour ». Brillant esprit et encyclopédiste, amoureux de la philosophie, des sciences du langage et des mathématiques, Queneau écrit Exercices de style en 1947 dans lesquels il réécrit 99 fois la même historiette en répondant à différentes figures de style. On ne peut s’empêcher de penser à la « tirade du nez » de Cyrano de Bergerac (Alexandre Dumas) dans la variation des tons et des formes sur un même thème. Voici deux exemples tirés des Exercices de style :

Surprises : Ce que nous étions serrés sur cette plate-forme d’autobus ! Et ce que ce garçon pouvait avoir l’air bête et ridicule ! Et que fait-il ? Ne le voilà-t-il pas qui se met à vouloir se quereller avec un bonhomme qui – prétendit-il ! ce damoiseau ! – le bousculait ! […]

Rêve : Il me semblait que tout fût brumeux et nacré autour de moi, avec des présences multiples et indistinctes parmi lesquelles cependant se dessinait assez nettement la seule figure d’un homme jeune dont le cou trop long semblait annoncer déjà par lui-même le caractère à la fois lâche et rouspéteur du personnage. […] 

Raymond Queneau, Exercices de style

Par la suite, Raymond Queneau s’intéresse à la langue orale (Zazie dans le métro). Enfin, l’écrivain, totalement investi dans l’Oulipo, rédige Cent Mille Milliards de poèmes en 1961, acmé de sa production oulipienne.

  • Jean-François (1901-1984), cofondateur de l’Oulipo, mathématicien passionné de littérature et de jeu d’échec, il écrit des ouvrages en lien avec les sciences, puis rédige les Manifestes de l’Oulipo, et participe à la création d’autres ouvroirs (Oupeinpo, Oubapo, Outrapo, Oumupo, etc.)
  • Georges Perec (1936-1982), ayant connu une enfance difficile d’orphelin juif pendant l’Occupation et abandonné par la suite ses études d’histoire, se consacre au roman et devient l’un des membres les plus actifs de l’Oulipo. Tirant son inspiration des choses quotidiennes, Georges Perec écrit Les Choses en 1965, qui met en scène l’enquête sociologique d’un jeune couple d’intellectuels interrogeant les gens sur des sujets divers et variés. Dans le roman, on déniche déjà des exercices de style tels des isogrammes (textes où les mêmes lettres sont réutilisés), acrostiches (poèmes où les premières lettres de chaque vers forment un mot) ou des palindromes (textes lisibles dans les deux sens). Perec, qui renouvelle constamment les contraintes pour réinventer le récit, est surtout connu pour son roman La Disparition (1969), écrit sous la contrainte du lipogramme (un texte dans lequel une voyelle n’est jamais employée – en l’occurrence le « e »). 
  • Jacques Roubaud (1932 – … ), poète, romancier, et mathématicien, il est très tôt fasciné par le sonnet, et écrit, dans une démarche expérimentale en phase avec les mathématiques, Trente et un au cube (1973), recueil dans lequel les 31 poèmes sont composés de 31 vers de 31 syllabes. Influencé par les formes médiévales de composition, il invente la contrainte du « baobab » (écrire un texte court saturé de syllabes contenant « bas » et « haut »). Avec Renga (1971), ouvrage collectif et pluriel, construit comme un palimpseste, Roubaud, grand amateur du jeu de go et de la culture asiatique, réinvente la forme japonaise littéraire du même nom. Dans un entretien que nous avons mené en 2019, il confiait : 

Quand je me suis remis à faire des mathématiques et de la poésie, j’ai entendu parler de Queneau, bon mathématicien amateur, dans la lignée des gens du XVIIe. Il a lu mes poèmes et les a défendus au comité de lecture de Gallimard. Le principe de composition sous contrainte, c’est une construction. Notre œuvre, c’est de l’anti surréalisme. Au lieu de s’appuyer sur l’inconscient, on s’appuie sur le conscient. C’est la difficulté vaincue qui permet d’arriver au-delà de ce qu’on ferait en temps normal.

Jacques Roubaud
  • Italo Calvino (1923-1985), auteur italien, fut un représentant de l’Oulipo à l’étranger. Théoricien de la littérature et de la langue, écrivain néoréaliste de l’après-guerre, il se dirige par la suite vers des formes de récits populaires, comme la fable (Le Vicomte pourfendu, en 1952, ou Le Baron perché en 1957). Installé à Paris au début des années 1970, il devient membre de l’Oulipo en 1972 et écrit Si par une nuit d’hiver un voyageur en 1979, roman à voix multiples et à plusieurs incipit, dans lequel le lecteur s’égare. 

Les oeuvres oulipiennes 

Que font les OULIPIENS, les membres de l’OULIPO (Calvino, Perec, Marcel Duchamp, et autres, mathématiciens et littérateurs, littérateurs-mathématiciens, et mathématiciens-littérateurs) ? Ils travaillent. […] En inventant des contraintes. Des contraintes nouvelles et anciennes, difficiles et moins diiffficiles et trop diiffiiciiiles. La Littérature Oulipienne est une LITTERATURE SOUS CONTRAINTES.

Marcel Bénabou et Jacques Roubaud

Partant du principe que toute poétique obéit à des règles qui n’entravent pas la création (bien que ces règles sont arbitraires, la création, elle, est encadrée), les oulipiens s’inspirent finalement de la littérature classique

Les membres de l’Oulipo prennent exemple sur les Grands Rhétoriqueurs du XVIe siècle et les auteurs classiques de la tragédie ou de la comédie. Ainsi, ce sont l’alexandrin, le sonnet, les règles d’écritures classiques qui forment toutes un socle à partir duquel les oulipiens forment leurs jeux textuels.

Plusieurs oeuvres oulipiennes témoignent de cette complexité amusante où la question très littéraire de forme classique est constamment posée par sa distorsion, et sont restées célèbres : 

  • Cent Mille Milliards de poèmes, de Queneau, dans laquelle dix sonnets sont superposés. Chaque vers, du premier au dernier, peut être remplacé par n’importe quel autre vers (donc 14 au total). 
  • La Disparition de Georges Perec, roman lipogramme écrit sans la lettre « e ». De façon presque naïve, le roman pose la question de l’invention et de l’automatisation de l’écriture. En voici un extrait : 

Mais, plus tard, quand nous aurons compris la loi qui guida la composition du discours, nous irons admirant qu’usant d’un corpus aussi amoindri, d’un vocabulariat aussi soumis à la scission, à l’omission, à l’imparfait, la scription ait pu s’accomplir jusqu’au bout.

Georges Perec, La Disparition
  • Si une nuit d’hiver un voyageur, d’Italo Calvino, écrit à la seconde personne du singulier, dans lequel l’auteur remet en question la forme romanesque par l’éclatement de la diégèse en insérant différents incipit tout au long du roman, initiant donc un récit qui n’est jamais tout à fait achevé. Si par une nuit d’hiver pose aussi la question centrale de l’autonomie du récit. Sur ce point, Italo Calvino, théoricien, à développé son point de vue :

Si autrefois la littérature était vue comme miroir du monde, ou comme l’expression directe de sentiments, aujourd’hui nous ne pouvons plus oublier que les livres sont faits de mots, de signes, de procédés de construction ; nous ne pouvons plus oublier que ce que les livres communiquent reste parfois inconscient à l’auteur même, que ce que les livres disent est parfois différent de ce qu’ils proposaient de dire ; que dans tout livre, si une part relève de l’auteur, une autre part est oeuvre anonyme et collective. 

Italo Calvino, La Machine littérature

D’autres méthodes ont, au fil du temps, été élaborées pour pousser à leur extrême les possibilités de la littérature à se renouveler sous le joug de la contrainte, en faisant une sorte de jeu de piste ou d’énigme élaborée dont il faut posséder la clé. 

On trouve ainsi la méthode S+7, qui consiste à remplacer chaque substantif, verbe, ou syntagme par le septième trouvé après lui dans le dictionnaire. En voici un exemple donné par Raymond Queneau, qui a appliqué la méthode S+7 pour réécrire La Cigale et la fourmi, dont le titre devient donc La Cimaise et la fraction :

La cimaise ayant chaponné tout l’éternueur/se tuba fort dépurative quand la bixacée fut verdie/ pas un sexué pétrographique morio de moufette ou de verrat […]

Raymond Queneau, La Cimaise et la fraction

Autres extraits d’auteurs oulipiens

Bien placés bien choisis
quelques mots font une poésie
les mots il suffit qu’on les aime
pour écrire un poème
on ne sait pas toujours ce qu’on dit
lorsque naît la poésie
faut ensuite rechercher le thème
pour intituler le poème
mais d’autres fois on pleure on rit
en écrivant la poésie
ça a toujours kékchose d’extrême
un poème

Raymond Queneau, L’instant fatal

C’est mon po – c’est mon po – mon poème
Que je veux – que je veux – éditer
Ah je l’ai – ah je l’ai – ah je l’aime
Mon popo – mon popo – mon pommier

Oui mon po – oui mon po – mon poème
C’est à pro – à propos – d’un pommier
Car je l’ai – car je l’ai – car je l’aime
Mon popo – mon popo – mon pommier

Il donn’ des – il donn’ des – des poèmes
Mon popo – mon popo – mon pommier
C’est pour ça – c’est pour ça – que je l’aime
La popo – la popomme – au pommier

Je la sucre – et j’y mets – de la crème
Sur la po – la popomme – au pommier
Et ça vaut – ça vaut bien – le poème
Que je vais – que je vais – éditer

Raymond Queneau, Le Chien à la mandoline

Anton Voyl n’arrivait pas à dormir. Il alluma. Son Jaz marquait minuit vingt. Il poussa un profond soupir, s’assit dans son lit, s’appuyant sur son polochon. Il prit un roman, il l’ouvrit, il lut; mais il n’y saisissait qu’un imbroglio confus, il butait à tout instant sur un mot dont il ignorait la signification.

Il abandonna son roman sur son lit. Il alla à son lavabo; il mouilla un gant qu’il passa sur son front, sur son cou.

Son pouls battait trop fort. Il avait chaud. Il ouvrit son vasistas, scruta la nuit. Il faisait doux. Un bruit indistinct montait du faubourg. Un carillon, plus lourd qu’un glas, plus sourd qu’un tocsin, plus profond qu’un bourdon, non loin, sonna trois coups. Du canal Saint-Martin, un clapotis plaintif signalait un chaland qui passait.

Sur l’abattant du vasistas, un animal au thorax indigo, à l’aiguillon safran, ni un cafard, ni un charançon, mais plutôt un artison, s’avançait, traînant un brin d’alfa. Il s’approcha, voulant l’aplatir d’un coup vif, mais l’animal prit son vol, disparaissant dans la nuit avant qu’il ait pu l’assaillir.

Georges Perec, La Disparition

1 rouge (dans ma nuée) ; doux ; 4 noir (s) : (sévères!), hiver, temps

ma neige, et l’enfer, infirme : d’une décente, toi, matière ;

mais (un cheval sellé s’éloigne) : tu es nombre, rien (vers la droite) :

Alphabets, nombres : nous dirons vos naissances latentes,

céréales de Cérès, grenades de Proserpine,

semences, peuples, races enterrées : âges !

Et l’obscurité nourrit les jours et ce toit qui balance

dépouillé maintenant de sa pente de feuilles, attend

la lueur au cœur de la nuée qui fera naître

plus que des nombres et Cérès effacer, jaillissant, les chiffres

doux aveugle et gourd au centre de la roue

quand, plus-de-bleu plus-de-noir toi séquence de céréales

nombre du puits des feuilles ouvres en tremblant (tremblement

aigu de la neige) ta lueur de louve (et loin !) sémillante

Jacques Roubaud, Renga

Tu es sur le point de commencer le nouveau roman d’Italo Calvino, Si une nuit d’hiver un voyageur. Détends-­toi. Recueille-­toi. Chasse toute autre pensée de ton esprit. Laisse le monde qui t’entoure s’estomper dans le vague. Il vaut mieux fermer la porte ; là-­bas la télévision est toujours allumée. Dis-­le tout de suite aux autres : « Non, non, je ne veux pas regarder la télévision. » Lève la voix, sinon ils ne t’entendront pas  : « Je suis en train de lire ! Je ne veux pas être dérangé. » Il se peut qu’ils ne t’aient pas entendu avec tout ce bazar ; dis-­le à haute voix, crie  : « Je vais commencer le nouveau roman d’Italo Calvino ! » Ou si tu ne veux pas, ne le dis pas ; espérons qu’ils te laissent tranquille.

Italo Calvino, Si une nuit d’hiver un voyageur

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter les fonds Oulipo de la Bibliothèque Nationale de France. Vous pouvez aussi découvrir tous les mouvements littéraires dans notre guide dédié.

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Violaine Epitalon

Violaine Epitalon

Violaine Epitalon est journaliste, titulaire d'un Master en lettres classiques et en littérature comparée et spécialisée en linguistique, philosophie antique et anecdotes abracadabrantesques.

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Commentaires

Caroline F

Dans la partie de l’article consacré à Jacques Roubaud il est écrit « …Trente et un au cube (1973), recueil dans lequel les 31 poêles sont composés de 31 vers de 31 syllabes. »
Oh ! le vilain correcteur d’orthographe qui ne sait pas que les vers font les poèmes, (et non les poêles) que l’on peut, certes, lire au coin du poêle en mangeant des crêpes cuites à la poêle, tout en rêvant aux poètes qui les ont écrits.
Cordialement,
Caroline

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La langue française Premium

Bonjour Caroline,
Fichu correcteur… C'est corrigé, merci de votre commentaire.

À bientôt,
Nicolas

Répondre
95utopia

Bonjour,

Le sujet est, comme toujours, très intéressant !

Je me permets de vous signaler une coquille dans le paragraphe sur G. Perec
"Tirant son inspirant des choses [...]".

Cordialement

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La langue française Premium

Bonjour,
Merci pour votre commentaire. Je viens de corriger la coquille.

À bientôt,
Nicolas

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